Après une amputation, Éric renaît grâce au handisport
Contrairement aux prothèses de marche de base (non électronique), l’équipement sportif n’est pas pris en charge par la sécurité sociale. Il s’agit d’un investissement de 5 000€ à 20 000€.Crédits: ÉdA
RÉGIONS

Après une amputation, Éric renaît grâce au handisport

Trois fois touché par le cancer et poly-amputé, à 41 ans, Éric Deleux a retrouvé un moral d’acier. Il prendra part à son 1er triathlon le 13 août.

Depuis trois mois, Éric Deleux se sent revivre. Grâce à sa nouvelle prothèse de jambe, cet habitant d’Ophain-Bois-Seigneur-Isaac (Braine-l’Alleud) s’est remis au sport. Une bénédiction pour celui qui suite à la perte de sa jambe droite s’est vu hospitalisé et immobilisé pendant près d’un an.

«Mon accident a eu lieu le 20 août 2014. Je taillais ma haie, comme chaque année. J’étais sur une échelle à un peu moins de deux mètres du sol, une tronçonneuse en main et mon fils n’était pas loin. Après un vertige que je n’explique toujours pas – je suis élagueur de profession – j’ai perdu l’équilibre et j’ai compris que j’allais tomber. », raconte Éric.

Se remettant tout juste d’une blessure à la jambe gauche et également conscient de la proximité de son enfant, Éric prend la décision de se rattraper sur sa jambe droite uniquement. «Je n’ai jamais connu pareille douleur. J’ai entendu mes os se briser, je ne voyais plus rien.» Transporté à l’hôpital d’urgence, la sentence tombe. Éric souffre de 53 fractures. Il sera amputé un an plus tard en juillet 2015, après plusieurs infections.

«Depuis tout petit, je suis quelqu’un qui est toujours malade. Avant mon accident, j’ai eu trois cancers successifs. Il y a 15 ans, j’ai eu un cancer de la peau et en 2013, une tumeur à la colonne vertébrale et un cancer du sein droit. Aujourd’hui, j’ai la chance d’être en rémission mais ces années de traitement et de chimiothérapie ont fragilisé mes os et mon système immunitaire, condamnant ma jambe.» explique-t-il.

Ses médecins avaient annoncé à Éric que toute activité lui serait maintenant impossible. «J’ai ri quand ils m’ont dit ça, je savais que j’allais recourir.»

Amateur de sport et refusant «d’être mis sur la touche» à seulement 41 ans, Éric fait la connaissance de Luc Huberty.

«Paratriathlète lui-même, Luc Huberty m’a proposé de rejoindre son ASBL «Leg’s Go». Le projet est vraiment bien, il permet de financer des lames de courses pour que n’importe qui puisse faire du sport. Grâce à lui, j’ai pu bénéficier d’une prothèse sportive et j’ai aussi découvert le triathlon. Je me rends compte que j’aime vraiment cette discipline. Je vais d’ailleurs participer à mon premier triathlon, au barrage de la Gileppe le 13 août », annonce le sportif.

S’il ne vise pas le haut niveau, Éric entend bien se prouver qu’il est toujours capable de performer. Et il ne ménage pas ses efforts, «Depuis un mois et demi, j’ai également rejoint le club d’athlétisme de Nivelles, le CABW, où je m’entraîne à la course à pied avec des entraîneurs formés au handisport. Pour la natation, je vais surtout à la piscine du Collège Cardinal Mercier qui est bien mieux équipée que la piscine communale de Waterloo. Et l’entraînement cycliste reste un moment que je partage avec mon fils.»

Depuis, Éric Deleux voit sa santé remonter. Il n’a même plus besoin de la batterie de médicaments qu’il prenait depuis sa sortie de l’hôpital.

«Au final, peu importe ce qui arrive, il ne faut pas se focaliser sur le handicap. Il faut oser se bouger», dit-il avant de confier: «J’ai des amis amputés qui n’osent tout simplement pas sortir de chez eux. Moi, quand je marche dans la rue, je ne crains plus de montrer ma prothèse. Je suis fier de mon parcours et j’espère pouvoir leur redonner espoir. »

Trois entraîneurs formés au CABW Nivelles

Le club d’athlétisme de Nivelles peut désormais se targuer d’avoir une équipe formée pour accueillir les sportifs souffrant d’un handicap.

Déjà un mois et demi que le CABW a rejoint la ligue handisport francophone, une question d’ouverture pour Didier Bauduin, membre du conseil d’administration du club et moniteur handisport, «Ça nous est apparu nécessaire alors on a décidé de se former à la LHF pour pouvoir tout simplement accueillir ceux et celles, adultes et enfants, qui toqueraient à notre porte.»

Car aujourd’hui de nombreuses personnes handicapées sont confrontées à des refus en cascade, comme en témoigne Éric Deleux, lui-même pratiquant handisport, «Pour me remettre en forme, j’ai voulu simplement aller dans une salle de sport et on m’a plusieurs fois refusé. Les gérants invoquent des raisons d’assurance, cela peut se comprendre, mais vous n’imaginez pas la déception que cela induit.»

Une discrimination qui dérange et ne trouve pas sa place au club nivellois. Le conseil d’administration souhaite intégrer les pratiquants handisport aux équipes existantes dans une volonté d’intégration. «C’est mieux pour tout le monde de travailler ensemble, commente Vincent Grek également formé handisport, cela crée une émulation très positive, souligne-t-il avant de rappeler, on fait beaucoup avec peu de moyens pour le moment parce qu’on a une énorme volonté mais on va avoir besoin d’aides pour aller plus loin. Nous avons d’ailleurs contacté Cap48, grâce auquel nous pourrions améliorer nos infrastructures et donc notre accueil. »