19/07/2018 LA MEUSE Sports

La seconde vie de Thibaud Thomanne

Le 22 janvier 2016, Thibaud Thomanne, 25 ans aujourd’hui, a été victime d’une banale chute dans des escaliers. Un accident qui a complètement bouleversé sa vie puisque dans sa chute, Thibaud s’est brisé la colonne vertébrale. Alors que le médecin avait prédit qu’il ne remarcherait plus, deux ans et demi plus tard, bien entouré par sa famille et l’association Leg’s Go, Thibaud vient de participer à sa première Coupe du monde de paracyclisme…

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C’était au Pays-Bas, il y a une dizaine de jours, Thibaud Thomanne prenait part à sa première Coupe du monde de paracyslime, deux ans et demi seulement après un grave accident domestique… Une véritable prouesse physique et surtout mentale qui prouve bien que la vie ne s’arrête pas après un accident.

En janvier 2016, cet habitant de Warsage, s’est brisé la colonne vertébrale. Après une lourde opération qui aura nécessité la pose de deux broches de 22 centimètres et de huit vis dans son corps. Au réveil, Thibaud n’avait plus aucune sensation dans ses jambes, les médecins avaient alors peu d’espoirs de le voir à nouveau marcher mais quelques semaines plus tard, le Liégeois de 25 ans ressentait des picotements et à force de volonté et de travail, il commença une rééducation intensive. «  J’ai dû apprendre à remarcher comme un enfant. Aujourd’hui, j’ai retrouvé pas mal de mobilité et c’est surtout ma jambe gauche qui est atteinte : mon pied est paralysé et le restera ainsi que mes mollets, mon quadriceps et les muscles de ma fesse sont également très faibles. Je me rappelle que les médecins m’avaient dit que mes jambes pourraient bouger dans mon fauteuil mais il ne pensait jamais que je pourrais être debout. Avec beaucoup de persévérance et de séances de kiné, j’y suis arrivé. Je n’avais pas le choix !  », confie Thibaud qui se déplace à l’aide de béquilles et qui conduit en voiture sans difficulté. « Je suis parfaitement autonome  ».

Après avoir connu des périodes difficiles, Thibaud a trouvé son salut à travers le sport. «  En 2017, on m’a retiré mes broches. Une délivrance. J’étais très motivé et c’est en achetant un vélo mis sur rouleaux que je me suis rendu compte que j’arrivais à pédaler sans difficulté. Le lendemain, je suis sorti sur route pour aller souhaiter un joyeux anniversaire à mon grand-père, une sortie de 35 km. Je me suis alors rendu compte qu’il était possible de faire du sport même en étant handicapé, c’est pourquoi j’ai pris contact avec Luc Huberty, un triathlète de la région d’Amay qui a été amputé au niveau du fémur il y a plusieurs années. Il est également le créateur de l’association Leg’s Go qui vient en aide aux personnes à mobilité réduite, c’est grâce à cette structure que j’ai pu bénéficier d’une chaise roulante sportive.  » Un environnement dans lequel Thibaud prend énormément de plaisir. «  D’une part le sport me procure beaucoup de bien-être mais cela permet aussi de créer des liens. Que ce soit avec Leg’s Go ou avec d’autres sportifs, c’est comme une deuxième famille. C’est merveilleux de pouvoir participer à des courses avec des valides, de voir le public t’encourager et te féliciter quand tu franchis la ligne d’arrivée.  »

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La discipline qu’affectionne particulièrement Thibaud, c’est le triathlon. «  Ma première véritable compétition était les 25h de vélo à Hermalle-sous-Argenteau, en juin 2017, où je suis parvenu à rouler 15h pour un total de 230km. Deux mois plus tard, je participais à mon premier triathlon au barrage de la Gileppe. C’était très dur mais quel bonheur quand j’ai franchi la ligne d’arrivée. Il y avait ma famille, mes amis et les membres de Leg’s Go. J’étais très ému.  » Il faut bien dire que Thibaud n’a pas froid aux yeux puisque le mois prochain, il participera à un demi ironman à Vichy, un effort de plus de 6h l’attend avec 2km de nage, 90 km de vélo et 21 km de course à pied.

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Les choses sérieuses ont débuté au mois de janvier dernier quand Thibaud a décidé de passer ses classifications pour le paracyclisme. «  Il existe différentes catégories pour évaluer les handicaps (de C1 à C5, C1 étant le plus important), moi je me situe dans C2. Ces classifications m’ont ouvert les portes des compétitions. Ma première était un contre-la-montre à Zolder en avril dernier ou j’ai réussi à décrocher un top 3. Ensuite, à Deurne, ma première course en ligne où je réalise encore un top 3. Ce dernier résultat m’a ouvert les portes de la Coupe du monde à Emmen, en Hollande.  » Celle-ci s’est déroulée début juillet. «  C’est une compétition internationale, c’est très impressionnant. Je me suis frotté aux meilleurs de la discipline et c’était vraiment une expérience enrichissante et motivante pour moi. Je suis heureux de mes performances là-bas mais je manque encore cruellement d’expérience, je compte bien améliorer ça et revenir encore plus fort lors de la prochaine édition.  »

En seulement deux ans et demi, Thibaud a réalisé des performances incroyables, des résultats qui prouvent que la vie peut être pleinement vécue avec un handicap. Le Liégeois recherche sans cesse le dépassement de soi et il n’est pas près de s’arrêter en si bon chemin. Tout en gardant les pieds sur terre, dans un coin de sa tête, il rêve un jour d’une participation aux Jeux Paralympiques mais il sait qu’il faudra encore travailler très dur.

PAR MAXIME DEBRA

Vous pouvez suivre ses exploits sportifs sur sa page Facebook : Thibaud Thomanne Paratriathlète.

Thibaud fait partie de la grande famille Leg’s Go

MERCREDI, JUILLET 18, 2018 – 18:20

«  Nous ne sommes pas des handicapés qui font du sport mais des sportifs qui ont un handicap  », voici la devise de Leg’s Go qui résume assez bien l’état d’esprit qui règne au sein de cette association. Et si Thibaud est parvenu à de tels résultats, il le doit entre autres à cette structure et son fondateur, Luc Huberty. Cet Amaytois de bientôt 54 ans a été amputé, il y a plusieurs années, de la jambe droite à hauteur du fémur. Le sport a été un véritable moteur pour lui et à travers Leg’s Go, il a tenu à rendre accessible les disciplines sportives à tout le monde. «  En Belgique, il faut savoir qu’il n’y a pas de remboursement pour les prothèses dites « sportive », celles-ci sont très chères, entre 5.000 et 15.000 euros, et c’est pourquoi Leg’s Go s’affaire à récolter des fonds pour financer ces prothèses pour les personnes qui ont subi une amputation  », explique Luc Huberty avant d’ajouter : «  Nous encadrons également les bénéficiaires via l’école « Je cours pour leurs jambes ». Leg’s Go est une grande famille, et il n’y a pas que l’aspect sportif mais aussi psychologique. Les gens viennent partager un moment, leur vécu avec nous car nous sommes tous passés par là.  » Plus d’informations sur le site web : www.legsgo.be ou sur la page Facebook.