Voici l’histoire de Dylan, c’est pour pouvoir l’aider à rebondir après son terrible accident que 160 cyclistes rouleront durant 25h les 23 et 24 juin prochain http://legsgo.be/event/25h-velo/ :

17 mai 1992, je pousse mon premier cri et j’ouvre les yeux sur le monde. Je suis Dylan.
J’ai toute une tribu de frères et sœurs, il y a Mélanie, Andy, Kevin, Lindsay et puis Brandon. C’est rare une aussi grande famille, chez nous, c’est animé. Ca bouge tout le temps, vous pouvez me croire !
Moi, je n’ai jamais aimé les études, je préfère de loin travailler de mes mains que d’apprendre mes leçons par cœur. Et puis j’ai besoin de bouger. Rester assis toute la journée, très peu pour moi, brrrr !
Très tôt, j’ai aimé travailler en hauteur, ça me fait vibrer. Réparer des toits endommagés ou mieux encore, en créer un sur une toute nouvelle maison, j’adore ça ! Couvreur, c’est un métier dans lequel on voit ce qu’on fait, c’est ce qui me convient.
Welkenraedt, juin 2016. C’est la fête ? Par ici on appelle ça la kermesse. Avec mes copains, tous dans la vingtaine, on s’amuse, on rit, on danse, on boit un coup. On est jeunes et on en profite ! C’est le début de l’été, ça sent les vacances, la musique est terrible, les filles jolies…
La tête me tourne, j’ai trop bu, mais bon, quelle importance ! Andy mon frère, mon presque jumeau car il a à peine un an de moins que moi, passe la soirée avec des copains et a promis qu’il viendrait me chercher. Je n’aurais donc pas à conduire, pas de danger…
Le temps passe, pas d’Andy… J’attends, je tourne en rond… toujours pas d’Andy.
Bon ben va pourtant bien falloir que je rentre, je ne me vois pas parcourir les 15 km jusqu’à la maison à pied. J’appelle Andy. Il s’amuse, il n’a pas envie de rentrer maintenant, il est avec ses potes, il ne viendra pas… J’enrage ! J’appelle maman.
Elle est toujours là pour nous, Maman, et même en pleine nuit, elle vole à mon secours.
Je suis très énervé. J’en veux à Andy : ça me met vraiment en colère qu’il ne vienne pas me chercher, il m’avait promis qu’il viendrait !
J’ai vraiment les nerfs en pelote, j’enrage. Maman essaie de me calmer, mais je « pars en vrille » comme on dit. L’alcool n’arrange rien bien sûr. Maman tente de me raisonner, mais ça m’énerve encore plus, je quitte la voiture, je claque la portière et je m’en vais, à pied…
Je me mets en route, dans la nuit, tout seul, titubant un peu sous l’effet de l’alcool.
Je suis claqué, vraiment fatigué et cette route est si longue, je n’en peux plus.
Une idée surgit, une de ces pensées que, par la suite, on regrette toute une vie…
Si je traverse les rails du chemin de fer, je gagne au moins 1⁄4 d’heure… y a personne, c’est la nuit, j’risque rien.
J’avance, la démarche hésitante. Je n’y vois pas grand-chose et je trébuche dans un rail. Je m’effondre, tout seul, face contre terre, dans l’obscurité la plus totale. Je perds connaissance, je sombre dans un trou noir !
Combien de temps ? 1 minute ? 10 minutes ? Une demi-heure ? Je n’en ai pas la moindre idée.
Un grondement suivi d’un vacarme assourdissant me réveille, et je comprends…
Je comprends qu’un train vient de me rouler dessus. Un train m’a écrasé et a continué sa route, le chauffeur ne m’a apparemment pas vu.
Je n’ai pas mal, je suis juste sonné, comme pétrifié.
J’essaie de me relever, mais c’est impossible, je n’y arrive pas…
A quelques mètres de moi, je vois briller l’écran de mon téléphone, il faut que je l’attrape, j’y mets toute mon énergie, mais je ne peux pas me mettre debout.
Je sais que si je n’arrive pas à appeler les secours, au matin, on va me retrouver mort, comme un animal écrasé sur une route, et j’ai 24 ans !
Je vais mourir, je le sens, je m’enfonce. Dans un dernier sursaut, je rassemble mes dernières forces et je rampe, à la force de mes bras. En hurlant, je parcours la distance qui me sépare de mon GSM.
Ca y est, je l’ai en main. En composant le numéro des secours, je recommence à espérer, peut-être qu’ils arriveront à temps, peut-être que je vais continuer à vivre.
J’ai l’impression que l’ambulance met un siècle pour arriver.
Je suis là, tout seul, dans le noir, je crie « Je ne veux pas mourir ! ».
Je vois des lumières bleues qui se rapprochent, je suis sauvé ! Quelqu’un me dit « On est là, ça va aller, maintenant… »
Je me laisse aller, je me remets entre les mains de mes sauveteurs, je suis si fatigué.
Quand j’ouvre à nouveau les yeux, je suis couché dans un lit, dans une chambre toute blanche.
Je suis vivant, je vais bien ! Je bouge et je parviens à remuer mes bras, mes mains, mes jambes, mes pieds…
Vous parlez d’une chance ! Ecrasé par un train et entier ! Comme un super-héros!
Dans la chambre, il y a un homme vêtu d’une blouse blanche qui me regarde un sourire bienveillant sur les lèvres.
Il s’approche de moi et doucement, il retire le drap qui me couvre.
Je baisse les yeux et là… je vois… Je n’ai plus de pieds. J’ai des bandages qui me couvrent les deux genoux, et ces pansements s’arrêtent quelques centimètres plus bas. J’ai laissé mes deux pieds sur les rails. Ce train m’a amputé…
Pendant trente minutes, je n’arrive plus à prononcer le moindre mot. Dans ma tête, plein de choses défilent : ça va être quoi, ma vie, maintenant ? Fini le boulot sur les toits, finies les déconnades entre potes, finie la drague. Je suis devenu handicapé, et pas qu’un peu !
Le médecin commence à me parler, il m’explique que quand je suis arrivé à l’hôpital, on m’a opéré pour me faire des moignons corrects ! Des moignons, quel horrible mot !
Il me dit aussi que je ne dois pas m’en faire ! J’ai gardé mes genoux ! Je vais pouvoir être équipé de prothèse et je vais apprendre à remarcher. Je vais retrouver une vraie vie me dit- il, « Ca va aller ! ».
Au bout de trois mois, je quitte l’hôpital et je rentre chez maman. Elle a du mal, Maman, elle s’en veut. Elle me dit souvent qu’elle est responsable, qu’elle aurait dû me retenir quand j’ai claqué la portière quand elle est venue me chercher à la kermesse. Mais non, ce n’est pas elle la coupable, c’est la vie, c’est du « pas d’bol ». Ça devait arriver et c’est arrivé !
Bon, c’est pas simple tous les jours, la maison n’est pas adaptée à ma situation, mais je m’y suis fait.
Je n’arrive pas encore à rester debout très longtemps, ni à marcher de longues distances, mais je m’adapte. J’arrive à monter les escaliers, maintenant et puis, arrivé à l’étage des
chambres, je m’assieds dans ma chaise roulante. J’ai dû être opéré à nouveau, on m’a enlevé 9 centimètres de nerf, car j’avais l’impression d’avoir un pied coincé dans un étau, on appelle ça des douleurs fantômes.
Ma vie n’est plus celle d’avant, mais je suis vivant !
Je pense beaucoup, je me pose un millier de questions ! Il faut que j’avance, il faut que je trouve un métier que je pourrais exercer malgré mes deux bouts de jambe en moins.
Il faut que je bouge, je viens d’avoir 25 ans, je refuse d’avoir une vie de vieil homme, je refuse !
J’ai fait du tri dans ma vie, en fait, mon accident l’a fait pour moi : mon entourage s’est dispersé, seuls les meilleurs sont restés. Les vrais amis sont là et sont toujours derrière moi à m’encourager quand je flanche… Et puis il y a Andy, mon frère, mon presque jumeau, on est devenus vraiment soudés. Je sais que je peux vraiment compter sur lui, il est mon pilier !
Et puis, j’ai compris que l’alcool, ça n’amène rien de bon ! Ce poison m’a coûté très cher, et le montant de la dette aurait pu être encore plus élevé ! C’est fini, je ne touche plus un verre, j’ai compris la leçon !
Et puis, parfois, la vie vous fait un clin d’œil, un peu comme si elle voulait se rattraper de ce qu’elle vous a enlevé.
Au centre de revalidation, j’ai rencontré un jeune gars de mon âge qui a perdu une jambe dans un accident de moto : Sonny.
Sonny, c’est un sourire ambulant ! Il m’a dit « Dylan, je vais te présenter des gens, je vais te faire connaître quelqu’un qui pourra t’aider. T’as envie de bouger, Dylan ? T’as envie de faire du sport ? Tu vas voir que tout est possible »
Et là, tout s’est enchaîné, Luc Huberty, de l’asbl « Leg’s Go » m’a appelé, il m’a expliqué qu’il avait perdu une jambe, au-dessus du genou pour lui, et que malgré ça, il fait plein de sport : il roule à vélo, il nage comme un poisson et il court. Il court, c’est dingue ça !
Je suis sûr que le sport va pouvoir m’aider à sortir de là où je suis et où je ne veux plus être.
Luc m’a proposé de participer aux 20 km de Bruxelles. En chaise roulante bien sûr. Je souffre beaucoup trop pour pouvoir marcher une telle distance, alors courir….
Et j’ai dit oui, et je les ai parcourus, ces 20 km, accompagné de Marc et de Sonia, deux coureurs qui m’ont aidé à faire 20000 mètres au cours desquels j’ai été encouragé, acclamé même par un tas de personnes, c’était magique ! J’existais, on me voyait, on m’admirait !
Maintenant, je sais que je peux m’en sortir, que la vie peut être belle, même si je ne serai plus jamais le Dylan d’avant…
Et puis maintenant, j’ai un vrai projet : dès que mes bouts de jambes seront en meilleur état, je vais essayer des prothèses de courses, grâce à Leg’s Go.
Je vais être comme Pistorius, monté sur des ressorts.
Je vais vous montrer, je vais prouver au monde qu’à 25 ans, avec de la volonté, avec la gniak, avec du courage, avec ou sans pied, on peut faire de grandes choses !
Et un jour, je pourrai dire : « Ça n’a pas été facile, mais j’ai réussi » ! Je suis Dylan et je suis vivant !
Texte : Genevieve Foret