13576006_1055650537845956_3930873666115049939_oBonjour, moi c’est Henry, j’ai 24 ans…
On me demande souvent ce que ça fait de vivre avec une jambe en moins… Il m’est impossible de répondre à cette question, je n’ai jamais eu deux jambes…
Que s’est­ il passé ? Un accident de la vie, une erreur de calcul de l’existence, enfin de pré­existence car ce grain de sable est intervenu alors que je n’avais pas encore vu le jour. Maladie des brides amniotiques, vous connaissez ? Non ? pas étonnant, c’est assez rare et c’est tant mieux… En fait, ces brides sont des “cordes” qui se forment durant la grossesse et viennent “ficeler” certaines parties du corps du bébé.
Moi, j’ai eu de la chance, il n’y a que ma jambe, un pied et mes mains qui ont été touchés, d’autres nouveau­-nés ne survivent pas à cette maladie.
Mauvaise, très mauvaise surprise donc, pour mes parents lorsque je suis né. Bah oui, le médecin n’avait rien vu à l’échographie… Mon papa a eu du mal à le croire, ça a failli dégénérer en vraie bagarre quand j’ai pointé le bout de mon nez… Mouvementée, mon entrée dans la vie !
Bon, ben l’amputation s’imposait, ma jambe était nécrosée, un de mes doigts et un de mes orteils aussi. On a coupé, donc.
J’ai grandi entre mes parents et mes quatre frères. Moi, ça ne me gênait pas trop d’être différent, je n’ai jamais été autrement. Pour mes frères, ce n’était pas perturbant non plus, il n’avait jamais connu un Henry “complet”. Qu’est­ ce qu’ils ont pu s’amuser à cacher ma prothèse avant que je me lève, le matin, et à me dire “allez, cherche maintenant”. Et moi ça me faisait bien rire, tout était si naturel.
Pour mes parents c’était plus compliqué. Culpabilité quand tu nous tiens, et pourtant ils n’ont aucune responsabilité dans cette histoire, un grain de sable je vous ai dit, un accident…
J’ai grandi, en même temps que ma prothèse. Bah oui, vous quand vous grandissiez on vous achetait de nouveaux vêtements, de nouvelles chaussures, moi j’avais en plus une prothèse à changer dès que je prenais quelques centimètres.
Mon enfance ? C’était sympa, mes copains de classe me posaient les questions qui leur venaient à l’esprit, les profs interrogeaient mes parents… Ado, ce fût un peu plus compliqué… Les filles, elles allaient réagir comment, hein ? Et puis ces moments de solitude quand les équipes se formaient, à la gym et qu’on me disait : Henry, tu rangeras les ballons hein, on ne va tout de même pas te faire jouer au basket… Et bien si, j’aurais aimé essayer, moi !
Je me suis toujours senti normal… je suis normal d’ailleurs. Ce qui l’est moins, c’est le regard des autres. J’ai compris maintenant qu’il y a rarement de la méchanceté dans les yeux de ceux qui me dévisagent, c’est plutôt de la curiosité. Chouette, ça me permet de leur expliquer ce qui m’est arrivé, c’est sain, ça !
Je suis devenu instit, j’ai toujours adoré les enfants, ils sont si naturels, eux, c’est si facile de leur expliquer ce dont je souffre. Parfois, je leur montre mon doigt manquant et je leur explique que j’ai déjà planté une graine pour qu’il repousse mais que ça ne fonctionne pas, ça les fait rire, et moi, de les voir rire, ça me comble.
Il y a presque deux ans, je suis allé au théâtre et là, stupéfaction : j’ai vu une jolie nana qui se baladait en jupe avec une prothèse rose à paillettes ! Mathilde ! Mathilde a révolutionné ma vision de notre handicap : moi aussi j’ai fait de ma prothèse un accessoire. Grâce à mes prothésistes j’ai pu choisir son “habillage”. Alors, je me suis dit : joue au pirate Henry, et j’ai choisi de recouvrir ma jambe avec un “décor bois”… ça fait jambe de bois, c’est chouette !
Et puis grâce à ces prothésistes, j’ai rencontré Luc, j’ai intégré Leg’s Go, l’association qui a financé ma prothèse en carbone. Et, j’ai encore du mal à le croire mais c’est pourtant arrivé : j’ai parcouru les 20 km de Bruxelles en mai dernier, moi, celui qu’on mettait de côté à la gym ! Et comble de bonheur… je me suis retrouvé à cette course en compagnie de Pierre Denis, mon super héros quand j’étais petit : cet athlète amputé qui courait aussi vite que l’éclair.
Je suis heureux, vraiment heureux. J’ai rencontré il y a 4 ans ma douce Marine. Pour elle, je suis Henry, l’homme qui partage son quotidien, son complice, son “homme”, pas un “incomplet”, j’ai besoin de ça, j’ai besoin de vivre une vie sans restriction, c’est ma revanche sur ce grain de sable !