13667955_1068841673193509_5935231164420334486_oCoucou, moi c’est Mathilde.

J’ai deux frères, un grand, Antoine, et un plus jeune, Arthur.

8 juin 2007, c’est vendredi. On vient de regarder un chouette petit film à la télé, « La coccinelle ». Il est un peu plus de 21h, Antoine a besoin d’une carte de téléphone. Il demande à Arthur de l’accompagner pour l’acheter dans un night shop proche de la maison sur son cyclomoteur dont il est si fier. Maman refuse, Arthur est un peu jeune à son goût… Ah ben alors, je peux y aller, moi ? J’ai quinze ans depuis quatre jours, je peux faire ça hein ? Allez, on file faire cette petite course et on sera vite de retour.

Antoine a 18 ans, j’en ai quinze, on est insouciants, on rigole, on achète cette carte et on se remet en route pour rentrer.

Dans quelques minutes on sera rentrés.

On aurait du être vite rentrés…

Par dessus l’épaule de mon frère je vois des phares de voiture, je ne comprends pas bien, ils ont l’air de venir juste en face de nous, sur la même bande de circulation, pourquoi ?

Et puis c’est le trou noir… Pourtant Antoine m’a dit que quand il m’a enfin aperçue, à plusieurs mètres de lui, je hurlais… Je ne me souviens de rien.

Lui il a voulu se relever, courir vers moi, mais il n’a pas pu, sa jambe était pratiquement broyée… La mienne m’a t’il dit, était presque arrachée, il m’a dit « ta jambe gauche était sur ton omoplate droite »…

Ce choc a eu lieu juste en face du commissariat, les policiers sont sortis en trombe, mais pas assez vite pour arrêter celui qui venait de nous faucher, Antoine et moi… Délit de fuite… pas joli joli ça, mais grâce à un témoin de l’accident qui l’a pris en chasse, on l’a retrouvé, ce chauffard, complètement imbibé d’alcool..

Les secours sont arrivés en quelques minutes, il ne fallait pas qu’ils trainent, j’étais en train de me vider de mon sang et Antoine allait très mal, lui aussi…

Les secouristes se sont précipités pour me stabiliser mais j’ai tout de même fait un arrêt cardiaque… à 15 ans, mon coeur s’arrêtait… mais ils sont parvenus à le faire repartir ce jeune coeur et ils m’ont portée dans l’ambulance. Mais là, c’est reparti, il s’est arrêté de battre, ça devenait vraiment vraiment compliqué pour le médecin, mais il n’a pas déclaré forfait, et je suis revenue à la vie.

J’ai été opérée dès mon arrivée à l’hôpital, 7 heures en salle d’op et un troisième arrêt cardiaque… A croire que je voulais vraiment vivre, chaque fois, mon coeur se remettait en route…

Le lundi, on m’a sortie du coma et là… pour la quatrième fois, devinez…arrêt cardiaque. Après m’avoir réanimée, les médecins ont préféré me replonger dans le coma, moins de risques ont-ils dit.

Durant une semaine j’ai été opérée chaque jour… La gangrène semblait me guetter mais les médecins se battaient becs et ongles pour m’éviter l’amputation, j’étais une toute jeune fille, ils devaient, ils voulaient me préserver !

Et puis le vendredi, le choix n’a plus été possible, il fallait couper cette jambe avant que l’infection ne me tue. Je suis encore restée 4 semaines dans le coma, aux soins intensifs. Infection grave au poumon et la jambe gauche amputée…

Et puis après un mois, je suis sortie du coma et on m’a placée dans la même chambre qu’Antoine. Je ne comprenais pas bien ce qui se passait, j’étais sous tranquillisants et autres substances chimiques… Antoine avait subi 11 fractures à la jambe gauche, il souffrait horriblement. Et moi, je voulais me lever ! On avait beau m’expliquer que là, ça n’allait pas être possible, je ne comprenais absolument pas pourquoi..

Puis j’ai vu, j’ai vu qu’à la place de ma jambe gauche, il y avait du vide, sous le drap. J’ai demandé à une chirurgienne : « vous m’avez pris ma jambe ? » et elle a répondu que cela faisait quelques jours que je ne l’avais plus.

J’avais 15 ans ! 15 ans… et une jambe en moins…

Là, je me suis dit que plus jamais personne ne m’aimerait, qu’on allait me rejeter, qu’une fille avec une seule jambe c’était repoussant, horrifiant… Heureusement, il y avait Maman, mon pilier, ma force, j’avais besoin de sa présence à chaque seconde…

Ca a été long, la revalidation très long… se retrouver entre quatre murs, avec pour seule distraction les exercices douloureux pour réapprendre à vivre, ce n’est pas ce qu’on pourrait qualifier de vacances…

Et puis les mois, puis les années ont passé et vous savez quoi ? Et bien ce n’est pas une légende, le temps qui passe adoucit bien des choses.

Moi qui avait tellement peur de ne plus jamais plaire j’ai décidé de faire de cette jambe en moins un signe distinctif et… hyper féminin. Ma prothèse à moi elle est rose, à paillettes, et devinez …les ongles de mon nouveau pied et bien… je les vernis : On est femme ou on ne l’est pas…😉

Vous savez, quand un tel accident vous arrive, vous avez deux possibilités : vous sombrez, ou vous vous relevez et vous devenez plus fort.

C’est surtout grâce au soutien inconditionnel de maman et à l’amitié sans faille de ma très chère cousine Ingrid que je me suis relevée et que j’avance, toujours plus loin, toujours plus haut : j’ai fait du planeur et même du parachute, toujours plus haut, je vous dis !

Et vous pouvez me croire : ma vie, celle que j’ai failli perdre tant de fois sur quelques jours, j’en connais la valeur, et je l’aime et j’en profite, à 200 % au moins !

Et j’ai décidé d’aider d’autres personnes qui savent elles aussi, ce que c’est de vivre avec un membre en moins. C’est pourquoi j’ai accepté d’apparaître sur les affiches de l’Asbl Leg’s Go, et c’est pourquoi aussi je serai là, au coeur de cette association, pour soutenir tous ceux qui auront besoin de moi.